« Le corps humain pourrait bien n’être qu’une apparence. Il cache notre réalité. Il s’épaissit sur notre lumière ou sur notre ombre. La réalité c’est l’âme. »

Victor Hugo

La célèbre question de la reine Mère à son beau miroir témoigne de l’importance que l’on donne non seulement à sa beauté, mais aussi à en chercher l’approbation chez les autres. 

Aujourd’hui, c’est à un miroir virtuel que nous demandons qui est la plus belle. Des autres et de leurs critères nous sommes aujourd’hui tributaires. Sur les réseaux, tout le monde paraît toujours beau, peu importe le temps et la météo. Des likes et des compliments on attend, et on en oublie peut-être le plus important. 

Alors qu’on se concentre sur l’aspect extérieur, peut-être que le chemin commence d’abord à l’intérieur ? Comment réussir à se trouver joli sans dépendre des gens et de leurs avis ? Entre l’artificiel et le naturel, en fonction de quoi pouvons-nous dire qu’une personne est belle ?

Les yeux du cœur  

“On ne voit bien qu’avec le cœur.
L’essentiel est invisible pour les yeux.  » 
(Le Petit Prince, Antoine de St Exupéry)

Dans ce monde matériel, plus beaucoup d’importance n’est donné à ce qui fait de nous des êtres spirituels. L’âme, le cœur, l’invisible, on veut les choses vites et rapides. Beau ou pas, en fonction de cela je fais mon choix. 

Pourtant, la nature et notre quotidien nous prouvent qu’il y a dans ce raisonnement un autre chemin. Les plus belles perles sont cachées par des coquillages les plus banals, et les plus beaux cadeaux souvent défigurés par un emballage. Le vrai trésor n’est pas dehors mais en nous. Lorsque notre âme brille, alors les yeux du cœur s’illuminent, et naturellement, ils éclairent alors le monde d’une lumière divine. 

“Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l’âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.”

Victor Hugo

Un cœur beau transforme alors chaque élément de la réalité en merveille, et permet alors de voir que chez chacun brille en lui un soleil. La beauté que l’on voit à l’extérieur du monde est proportionnelle à la pureté de notre cœur. 

Il était une fois…

La littérature en général, à travers plusieurs contes et histoires, illustre parfaitement ce thème : la Belle et la Bête, Blanche-Neige ou encore un conte de Charles Perrault très peu connu, Riquet à la houppe. La beauté et l’amour sont liés, car l’un dépend de l’autre, mais dans quel sens ? Faut-il être beau pour être aimé ? Ou plutôt, faut-il être une personne aimante et pleine d’amour pour, dans le regard de l’autre, devenir beau ?

J’ai le cœur bon, mais je suis un monstre….

  • “(…) Vous avez bien de la bonté, dit La Belle. Je vous assure que je suis contente de votre coeur. Quand j’y pense, vous ne me paraissez plus si laid. 
  • Oh, dame oui ! répondit la Bête. J’ai le cœur bon, mais je suis un monstre. 
  • Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous, dit la Belle, et je vous aime mieux avec votre figure que ceux qui avec la figure d’homme cachent un coeur faux, corrompu, ingrat” 

Source image : affiche du film – Disney

L’amour rend aveugle, et c’est bien lui qui permet de rendre beau ce qui a priori ne l’était pas. Cela démontre que la simple beauté extérieur ne suffit pas, et que lorsqu’on découvre le cœur et l’âme de l’autre, alors tout se transforme. La grenouille se transforme en prince ou l’Homme en bête, selon ce qu’en l’autre on a découvert.  

“La vie sensible n’est qu’une ombre de vie ou une vie consacrée à des ombres. L’apparence ne donne pas accès à la réalité même des choses. Elle est bien une ombre déformante qui masque l’essentiel. C’est pourquoi il faut apprendre à convertir le regard (…) Le mot même de vérité implique qu’il faut aller au-delà de l’apparence”

(Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux – Marianne Chaillan)

Tout est beau dans ce que l’on aime…

“…. Ils disent que la princesse ayant fait réflexion sur la persévérance de son amant (Riquet) , sur sa discrétion et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de son esprit, ne vit plus la difformité de son corps, ni la laideur de son visage, que sa bosse ne lui sembla plus que le bon air d’un homme qui fait le gros dos (…) ils disent encore que ses yeux, qui étaient louches, ne lui en parurent que plus brillants (…) et qu’enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de martial et d’héroïque (…) Tout est beau dans ce que l’on aime, tout ce que l’on aime a de l’esprit

Voici donc ci-dessus un extrait du très beau conte Riquet à la Houppe, de Charles Perrault, très peu connu, illustrant à nouveau cette idée.

Petit résumé de ce conte :

C’est l’histoire d’une princesse très jolie mais bête, et un homme aussi laid que son prénom -Riquet – mais extrêmement intelligent et cultivé. Il l’aime, mais elle aime non ! Elle, elle veut un homme beau, à la hauteur de sa propre beauté. Plusieurs péripéties ont suivi, et au final, grâce à un peu de magie, la princesse a fini par s’éprendre de cet homme soi-disant laid, comme il est décrit dans l’extrait ci-dessus. Charles Perrault terminera ce conte avec une morale énigmatique : on ne saura jamais si c’est le pouvoir des fées qui a rendu Riquet beau en le transformant physiquement, ou tout simplement le pouvoir de l’amour, qui l’a transformé dans le regard de la princesse.

Miroir magique sur le mur, qui a beauté parfaite et pure ?

C’est bien l’inlassable question que la reine Mère, dans Blanche-neige pose quotidiennement à son miroir. Prisonnière des apparences, elle devient diabolique envers sa propre belle-fille lorsque son beau miroir lui apprend que celle-ci, « une jeune fille en loques » est plus belle qu’elle. La comparaison entre elle et une jeune fille en haillons la tourmente, alors de la tuer elle tente. Démonstration puissante du danger de la comparaison, et de placer dans un regard extérieur notre valeur.

« La Reine mère est ainsi cet être dégradé qui, tel Narcisse, demeure éprise d’une image qu’elle vient contempler chaque jour dans le miroir. C’est un être qui n’accomplit pas son humanité. A l’inverse, Blanche-Neige est un anti-narcisse (…) Elle ne semble pas même se regarder dans le reflet. Au contraire, elle exprime son vœu de voir un Autre surgir« 

(Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux – Marianne Chaillan)

La vraie beauté, c’est donc celle qui nous élève et non celle qui soi-disant ensorcelle. Une beauté qui nous rend éternelle, car rend notre âme plus belle. Qui nous ouvre les yeux sur l’invisible pour dans son cœur devenir invincible.

Alors, finalement, on peut dire que le vrai aveugle est en réalité celui qui n’est pas capable de percevoir la beauté autour de lui, aveuglé par les préjugés et la superficialité. 

“ Petit est le nombre de ceux qui voient avec leurs propres yeux et ressentent avec leurs propres coeurs” 

Albert Einstein

Le danseur Alan Biolley qui s’est illustré dans une émission télévisée (La France a un incroyable talent) témoigne encore une fois de la primauté des yeux du cœur sur ceux seulement physiques. A 27 ans, ce jeune danseur est victime d’un grave accident qui lui fait perdre la vue. Aujourd’hui aveugle, il s’est exprimé en ces termes : 

« Certes, je voyais pendant 27 ans de ma vie, mais maintenant que je suis totalement dans l’obscurité, mes sens se sont développés. Je ressens beaucoup de choses. (…) Maintenant, j’ai vraiment l’impression de voir pour la première fois de ma vie réellement ».

En réalité, il n’y a rien de plus logique : la seule beauté que l’on choisit, c’est bien celle-ci. Personne n’est responsable de la beauté de ses cheveux ou de ses yeux, mais seulement de la pureté de ses valeurs, sa personnalité, ses choix ! Comment juger une personne sur des critères qu’il n’a pas choisis? 

 “Ce qui compte, chez un homme, ce n’est pas la couleur de sa peau ou la texture de sa chevelure, mais la texture et la qualité de son âme”

Martin Luther King

Regardons avec les yeux du cœur, et de cette manière on découvrira le meilleur chez l’autre. En s’attachant à l’âme de l’autre et non à ses caractéristiques physiques, on finit par découvrir que tout le monde peut être magnifique.  

Le maquillage et les beaux vêtements sont pour notre âme un déguisement, et avec, aux autres et à soi l’on se ment parfois. La vraie beauté, c’est celle où l’on arrive à embellir chaque être autour de nous, que chacun en notre compagnie se trouve unique, magnifique.

Pour finir, quoi de mieux que de terminer avec la définition de la beauté, selon une personne qui en a fait sa notoriété et son succès, Coco Chanel :

La beauté commence au moment où vous décidez
d’être vous-même.

Coco Chanel

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